Des éleveurs accusent les rayonnements électromagnétiques de lignes haute tension, d’éoliennes ou d’antennes-relais de tuer leurs bêtes. Qu’en est-il vraiment ?

Des centaines de vaches qui meurent, ne donnent plus de lait, développent des signes de démence et ne résistent plus aux maladies. Des veaux qui naissent avec des malformations. Des lapins qui meurent par milliers. Des porcs qui refusent de se lever, deviennent agressifs, voire même, cannibales. Et parfois, la santé des humains se met aussi à vaciller.

Depuis plus de vingt ans, des éleveurs de la France entière font face à des pertes massives et des comportements anormaux au sein de leurs troupeaux. Ils en sont aujourd’hui convaincus : leurs problèmes sont liés aux rayonnements deschamps et ondes électromagnétiques.

 

Les coupables, selon eux : lignes électriques à (très) haute tension, transformateurs électriques, antennes relais, éoliennes et panneaux photovoltaïques implantés sur ou à proximité de leurs exploitations.

Regroupés en association, une douzaine de ces éleveurs ont annoncé lundi 4 novembre 2019 qu’ils allaient saisir la justice avec l’aide de leur avocat Maître François Lafforgue.

Les installations électriques et les nouvelles technologies seraient-elles en train de décimer les campagnes ?

 

Pendant plusieurs semaines, actu.fr s’est penché sur cette problématique complexe, pour tenter d’en décortiquer les tenants et les aboutissants et donner la parole aux multiples protagonistes qu’elle implique. En voici le résumé et les liens pour y entrer.

Au moins une trentaine de cas recensés

Nous sommes allés à la rencontre d’éleveurs en grande difficulté : en Loire-Atlantiquechez Murielle et Didier Potiron, qui ont perdu plus de 320 bovins depuis l’implantation d’un parc éolien sur leurs terres ; dans la Sarthechez Didier Brault, diagnostiqué électrosensible depuis l’arrivée d’une antenne relais à proximité de son exploitation, chez Patrick Pilon, dont l’élevage de lapins a été entièrement décimé, la faute selon lui à une antenne relais ; ou encore dans les Côtes d’Armor, chez Stéphane Le Béchec et Patrick Le Néchet, deux éleveurs désorientés par une multitude de nuisances électromagnétiques.

Parce que l’union fait la force, certains agriculteurs se sont réunis sous la bannière de l’association Animaux sous tension, association créée dans les années 90 et relancée en avril 2019. Elle compte aujourd’hui une trentaine d’adhérents

Lire aussi : Animaux sous tension : Serge Provost, le combat acharné de sa vie

Quelle est la nature du phénomène ? 

Cette enquête a soulevé un certain nombre d’interrogations. Tout d’abord : les champs et ondes électromagnétiques, de quoi s’agit-il ? Les champs électromagnétiques de basse fréquence sont produits par tout appareil utilisant le courant électrique, ainsi que par les ouvrages le transportant (lignes électriques de basse à très haute tension) ou le produisant (éoliennes, panneaux photovoltaïques, transformateurs électriques…).

Quant aux ondes des radiofréquences, elles se propagent par le biais de tout moyen de communication moderne (télévision, radio, téléphonie mobile, wifi, bluetooth) et donc par les antennes qui les relaient.

Les spécialistes admettent que les animaux et en particulier les bovins sont beaucoup plus sensibles aux phénomènes électriques que les hommes. Comment se manifestent ces tensions parasites sur la santé des animaux ? 

Une instance d’expertise créée par l’Etat

Si les éleveurs réclament aujourd’hui à cor et à cri des réactions de la part de l’Etat, ce dernier est loin d’ignorer la situation. L’influence des champs électromagnétiques sur les élevages a fait l’objet d’un premier rapport du ministère de l’Agriculture en 1998.

L’année suivante a été créé le Groupe permanent pour la sécurité électrique en milieu agricole (GPSE), composé des pouvoirs publics, des éleveurs et des acteurs du monde de l’énergie (RTE, Enedis, France énergie éolienne, etc.). Mais le dispositif est aujourd’hui controversé car les acteurs de l’énergie, autrement dit les « fauteurs de troubles » sont les seuls à le financer, l’Etat s’étant désengagé.

Encore beaucoup de questions

Le GPSE est intervenu dans une vingtaine d’exploitations depuis 2015. Les expertises menées par ses intervenants (vétérinaires, électriciens…), relayées par les initiatives de certaines chambres d’agriculture, ont parfois apporté des solutions. Mais dans d’autres cas, tous se déclarent impuissants. 

Face à la persistance des problèmes et aux nombreuses questions qui demeurent, les victimes réclament plus de prévention, ce qui passe notamment par une meilleure connaissance des sols. « Il se passe des choses dans les sols et les sous-sols, plus ou moins conducteurs, qu’on ne maîtrise pas », répète Serge Provost, président de l’association Animaux sous tension. 

Lire aussi : La géobiologie, nécessaire pour la connaissance des sols mais encore mal reconnue

Quel impact sur la santé humaine ? 

Parfois les animaux, que l’on ne peut pas accuser d’inventer des maladies, peuvent être des lanceurs d’alertes. Car qu’en est-il des répercussions des rayonnements électromagnétiques sur la santé humaine ?

Douleurs articulaires, troubles du sommeil, acouphènes… certains agriculteurs se plaignent de maux très handicapants. Mais ils ne sont pas les seuls : en France, le nombre de personnes se déclarant électrohypersensibles est en constante augmentation

Face à ces problèmes environnementaux émergents, qui pourraient aussi être à l’origine de leucémies infantiles ou encore de tumeurs au cerveau selon l’Anses, la recherche progresse. Mais une large part d’incertitude entoure encore les effets sanitaires des champs et ondes électromagnétiques.

Une incertitude qui alimente les préoccupations et les interrogations de ceux qui s’en disent victimes mais aussi plus généralement d’une part croissante de la population. Tous attendent désormais des réponses, comme le résume Serge Provost: 

Nous ne sommes pas contre le progrès mais il ne doit pas se faire au détriment du vivant ! »

Pour retrouver l’intégralité de l’enquête, c’est ici : Champs et ondes électromagnétiques : le nouveau scandale environnemental ?

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